Brigitte YODA
Journaliste-présentatrice

Safoura Compaoré, muscle contre les préjugés

Première femme bodybuildeuse au Burkina Faso, Safoura Compaoré soulève bien plus que des haltères. Médaillée, coach et figure encore marginale d’un sport d’hommes, elle impose son corps et sa discipline dans un pays peu habitué à voir les femmes prendre autant de place.

15 décembre 2024

Au Burkina Faso, le bodybuilding reste un territoire masculin et l’apparition d’une femme musclée continue de déranger.     « On me disait que j’allais devenir comme un homme », raconte Safoura Compaoré. Coach de fitness à Ouagadougou, elle pratique la musculation depuis des années. La transition vers le bodybuilding s’est faite presque naturellement. « Je m’entraînais avec des collègues, des amis. J’ai voulu essayer autre chose. » À l’époque, aucune Burkinabè ne montait sur scène dans cette compétition. Un vide qu’elle décide de combler. « Je me suis dit : pourquoi pas moi ? Il n’y a pas de métier réservé aux hommes. » Dans l’imaginaire collectif, le bodybuilding féminin évoque l’excès. Safoura démonte le cliché. Elle concourt dans la catégorie wellness, où l’esthétique prime sur la masse. « Les femmes n’ont pas les mêmes hormones que les hommes. Même après des années de musculation, on ne se développe pas de la même façon, sauf avec des produits. »

Chez elle, pas de dopage, mais de la discipline. Beaucoup de discipline. Quand elle prépare une compétition, tout est réglé à l’avance : les séances, les muscles travaillés, le repos, l’alimentation. « Parfois je pèse mes repas, je calcule les calories. Une rigueur quotidienne, souvent invisible, qui contraste avec l’image spectaculaire du sport. Les difficultés ne sont pas seulement physiques. Le bodybuilding féminin reste peu structuré au Burkina Faso. « On a une association, mais pas de fédération. On doit penser aux voyages, aux sponsors, au financement. » Cette charge mentale pèse sur les performances. « En compétition, on devrait être détendue. Mais on pense à trop de choses. » Safoura observe aussi d’autres dérives. Elle voit des jeunes filles dépenser de l’argent pour des injections, des BBL, des produits dangereux. Alors que le sport peut tout faire : remodeler le corps, améliorer la santé. L’ironie, dit-elle, c’est qu’après ces opérations, on conseille souvent d’aller à la salle de sport. « Autant commencer par là. » Vice-championne ouest-africaine à Accra en 2022, médaillée d’or en 2023, elle n’est plus tout à fait seule. Cette année, la vice-championne est également burkinabè. La discipline progresse lentement dans le milieu féminin, surtout dans les pays anglophones de la région comme le Ghana. Le regard tourné vers l’avenir, Safoura aimerais participer à des compétitions internationales, en Europe. En attendant, elle reste convaincue que tout métier exercé par un homme peut aussi l’être par une femme. Entraîneuse certifiée, cette bodybuildeuse accompagne celles qui souhaitent se lancer. Sans promesse spectaculaire, mais avec une conviction forte : « Si tu aimes ce que tu fais, tu possèdes déjà une force. »

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« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse glorifieront toujours les chasseurs. »

~ Proverbe africain

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