À l’ombre des jeunes plantes en fleurs
À Tours, la Nuit des serres, organisée chaque année par le Jardin botanique, révèle un monde végétal bien actif après le coucher du soleil.
La nuit, les plantes ne dorment pas. Elles respirent autrement et modifient leur rapport à la lumière. Privées d’ensoleillement, elles ne peuvent plus fabriquer de sucre par photosynthèse. Ce processus nécessite l’énergie solaire et le dioxyde de carbone présent dans l’air. Pour le capter elles utilisent de minuscules ouvertures situées sur leurs feuilles, appelées stomates, comparables à de petites portes. « Lorsqu’elles s’ouvrent, le CO₂ pénètre à l’intérieur des cellules. La plante peut alors le transformer en sucre, indispensable à sa croissance et à son fonctionnement », explique Benoît St-Pierre, responsable du département de biologie et de physiologie végétale à l’université de Tours. Samedi 16 janvier, le Jardin botanique de Tours a ouvert ses portes pour révéler cet univers discret à l’occasion d’une soirée inspirée de la Nuit des musées. Les curieux ont pu parcourir les allées en prenant le temps d’observer ce qui échappe souvent au regard. « D’ordinaire, les gens passent très vite dans les serres et ne savent pas toujours ce qu’ils y voient », souligne Alicia Hautbois, chargée de la valorisation du patrimoine vert. La nuit elle, appelle à prendre son temps.

Une mécanique nocturne
Une fois le jour tombé, les plantes aussi ralentissent. Guidées par leur horloge interne, elles adaptent leur métabolisme. Pour continuer à vivre, elles puisent dans leurs réserves d’énergie. Le jour, une partie des sucres produits est stockée sous forme d’amidon dans les feuilles. « La nuit, elles dégradent cet amidon », détaille l’enseignant chercheur Benoît St-Pierre. Certaines plantes offrent une facette plus spectaculaire, leurs fleurs ne s’ouvrant qu’à l’obscurité. C’est le cas du pitaya, ou fruit du dragon, pollinisé par des espèces nocturnes comme les papillons de nuit ou certaines chauves-souris. Plante rampante, elle grimpe le long de supports grâce à de longues tiges vertes et charnues. Ses fleurs, éphémères, ne s’épanouissent qu’après le crépuscule avant de donner un fruit à la peau rose vif et à la chair blanche constellée de graines noires. Au laboratoire de l’université de Tours, certaines expériences consistent à cultiver des cellules végétales dans le noir pour reproduire les conditions naturelles des racines, rarement exposées à la lumière. Parmi les espèces étudiées figure la pervenche de Madagascar, dont certaines substances sont utilisées dans des traitements contre le cancer. « Il y a des problèmes d’approvisionnement, car ces composés sont présents en très faibles concentrations dans les feuilles de la plante, qui en est la seule source », précise Benoît St-Pierre. Les chercheurs tentent donc de comprendre comment cette espèce tropicale les fabrique, afin de reproduire ce mécanisme chez des microorganismes cultivés en laboratoire, plus faciles à maîtriser et à produire à grande échelle.


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